mercredi 26 octobre 2011

Les enjeux politiques de la persévérance scolaire

"Lors des journées interrégionales sur la persévérance scolaire, tenues à Québec les 19 et 20 octobre 2011, il y a eu un atelier sur les enjeux politiques de la persévérance. Il s'y est dégagé un consensus selon lequel les structures n'avaient pas à être changées. Madame Line Beauchamp, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, a assisté à l'ouverture de ce colloque et à sa clôture en compagnie du premier ministre Jean Charest. Elle s'est bien gardée de dire quoi que ce soit à propos de ses intentions et a fait l'annonce de coupes draconiennes aux commissions scolaires jeudi soir, après que les participants au colloque furent rentrés chez eux. Cette annonce a pris tout le monde par surprise." Suite de la lettre d'opinion de Francis Lagacé parue dans Le Devoir.

Je participais à ce panel sur les enjeux politiques de la persévérance scolaire en compagnie d'André Boiclair, ex-chef du PQ, de Diane DeCourcy, présidente de la CSDM et de Marc-André Plante, DG du Carrefour action municipale et famille. Voici en substance ce que j'y ai dit.

Une politique publique, c’est ce qu’un gouvernement (provincial, municipal ou scolaire) décide de faire (ou de ne pas faire, mais de façon consciente) – on ne peut prétendre à une politique sur un objet que l’on ne connaît pas ou que l’on n’a pas nommé –  pour créer de l’ordre dans un secteur. Une politique, ce sont des idées en action. Deux dimensions donc: celle des idées, qui inspire la «vision du monde» sous-jacente à la politique, et la dimension de l’action aussi, avec la joute démocratique entre les acteurs, soit pour accéder à plus de ressources à l’intérieur d’un même système, soit pour remettre en question ce système.

En ce qui a trait au gouvernement du Québec, sur le plan de la persévérance et de la réussite scolaires, son principal défi consiste à donner des orientations claires et à y associer les ressources requises. Depuis les années ’60, il y a une orientation qui ressort, constante peu importe les gouvernements: d’abord la volonté d’accessibilité au système scolaire, puis ensuite, à compter des années ’90, la volonté d’accessibilité au diplôme, ou encore à une qualification, ce qui est un discours plus récent lié à la "vision du monde" dominante orientée vers la compétitivité économique et le marché de l'emploi, "vision du monde" inspirée des théories du capital humain. Si on se compare à d’autres pays, on se rend compte que ce vecteur a inspiré l’évolution des politiques scolaires au Québec. C’est n’est pas le cas partout. Cela s’est avéré une réussite, jusqu’à certain point, malgré le fait que les orientations gouvernementales sur des questions spécifiques ne soient pas toujours en adéquation avec la philosophie qui est censée les inspirer. On peut aussi se questionner sur la superposition de nombreuses politiques et normes gouvernementales sur des problématiques scolaires spécifiques, qui viennent complexifier la gestion scolaire et nier le concept de professionnalisation des personnels scolaires, même lorsque les intentions de départ sont louables. Vient aussi la question des ressources. L’éducation constitue un poste budgétaire important, mais pas suffisant pour bien marquer le fait que l’éducation doit être LA priorité du Québec, au cœur du projet de société. Au chapitre des modalités, l’influence des principes du Nouveau management public, qui empruntent aux concepts de gestion privé, est trop importante au plan de la gestion de l’éducation, considérée comme un bien commun. Les cibles chiffrées dont le gouvernement abuse sont une arme à double tranchant.

Pour ce qui est des commissions scolaires, je crois en la pertinence d’un tel palier intermédiaire, sur le plan notamment d’une répartition des ressources entre les écoles qui soit conditionnée par une fine connaissance du territoire et de la communauté. Son défi consiste toutefois à réussir le virage culturel qu’elle amorce actuellement, afin qu’elle devienne véritablement une organisation au service des écoles. C’est le projet qu’avait dans ses cartons le ministre Camille Laurin au début des années ’80. Changeons la culture plutôt que les structures! Le virage culturel, s’il est réussi, devra conduire à moyen terme à repenser les principes de la démocratie représentative parce que la légitimité politique des commissaires scolaires fait défaut dans la plupart des régions du Québec.

Pour ce qui est du cas des municipalités, je connais bien celles de la MRC de la Mitis dans le Bas-St-Laurent et je constate que dans une même classe d’une même école, donc avec les mêmes conditions objectives au sein de l’école, les garçons de Ste-Luce décroche dans une proportion de 18%, et ceux de la municipalité de Les Hauteurs, dans une proportion de 75%. Malgré le fait que les villages se dévitalisent, les jeunes sont rarement une priorité au plan des politiques familiales municipales, même que dans certains cas, ils constituent un problème, ce qui est une aberration. Mais il faudrait aussi à ces municipalités plus de ressources. Une bonne façon de commencer, c’est de faire en sorte, collectivement, qu’elles ne doivent pas payer leur asphalte 40% plus cher qu’ailleurs!

"Les propositions de la ministre québécoise de l'Éducation, Line Beauchamp, de réduire entre autres de moitié le budget des commissions scolaires ressemblent à l'esprit qui anime le potentiel candidat au poste de premier ministre, François Legault, qui lui, s'engage tout simplement à abolir ces organisations. Le politologue spécialisé en éducation et professeur chercheur en administration et politiques scolaires, Jean Bernatchez, commente cette nouvelle." Entrevue avec Richard Daigle de l'émission Le monde aujourd'hui à la radio de Radio-Canada.

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