samedi 12 novembre 2011

Symposium français sur les enfants intellectuellement précoces

J’ai participé les 10 et 11 novembre au Symposium de l’Association nationale de France pour les enfants intellectuellement précoces (ANPEIP), à Nice. Celui-ci avait pour thème: Haut potentiel des enfants. Force ou faiblesse? Il regroupait 450 participants. J’étais déjà en France dans le contexte de ma participation à un événement de l’UNESCO, aussi j’ai choisi de rentabiliser mon voyage en me familiarisant avec cette problématique qui s’inscrit en périphérie de mes habituels objets de recherche. Ma perception vis-à-vis cette population scolaire a changé de façon radicale. Cette perception était fondée sur une méconnaissance des enfants à haut potentiel. Je percevais le fait d’être un enfant surdoué comme un avantage. Il n’en est rien, la plupart du temps. D’ailleurs, 50% des enfants intellectuellement précoces (EIP) sont considérés comme de mauvais élèves, et 30% des EIP sont en situation d’échec scolaire. Voici un bref compte rendu de ce que j’ai appris.

Un biais?
L’événement était organisé pour souligner les quarante ans de l’ANPEIP, une association fondée par Jean-Charles Terrassier, psychologue clinicien qui a travaillé avec les EIP, auparavant qualifiés d’enfants surdoués. Cette association vise à faire reconnaître par les institutions et le grand public les caractéristiques de ces enfants, mais aussi d’assurer une meilleure prise en charge par l’école et par la famille de leurs besoins particuliers. C’est donc un lobby, aussi il est naturel que son action soit orientée vers ce qui cause problème. Il existe des enfants à haut potentiel qui ne connaissent pas de difficultés sur le plan scolaire. Le pari de l’Association est de faire en sorte que les EIP soient identifiés puisque la précocité non identifiée conduit l’enfant à être incompris de sa famille, de ses enseignants et des autres enfants. L’Association considère ces enfants comme étant des élèves avec des besoins particuliers et dans cette perspective, ils auraient droit à un traitement particulier, considérant les nouvelles normes scolaires françaises et européennes.

Une définition
L’enfant intellectuellement précoce «est un enfant dont le développement intellectuel est en avance par rapport au développement normal d’un enfant de son âge, et qui présente certaines particularités dans son processus de compréhension et d’apprentissage. Son approche globale des problèmes ou des situations, son accès rapide (parfois trop) aux généralisations, la divergence de sa pensée sont à la fois un atout et source de difficultés» (ANPEIP, 2011). Le terme «haut potentiel intellectuel» rend compte des capacités cognitives de ces enfants, mais aussi du fait que le potentiel (comme son nom l’indique) peut s’exprimer ou au contraire être inhibé par leurs difficultés» (Centre national d’aide aux enfants et adolescents à haut potentiel). Comme le précise la psychologue clinicienne Jeanne Siaud-Facchin, il s’agit d’une forme d’intelligence qualitativement différente, une organisation spécifique de la personnalité caractérisée entre autres par l’hyperactivité cérébrale, une surcharge cognitive et une pensée en arborescence. Les cinq sens de l'enfant sont exacerbés. Pour être attentif à une chose, il faut qu’il parvienne à bloquer ses autres capteurs sensoriels, à freiner les informations non utiles à la tâche qui parviennent à lui de façon continue.

Cela se mesure-t-il?
«Je n’ai pas connu beaucoup d’enfants géniaux, mais j’ai rencontré beaucoup de parents d’enfants géniaux» affirme à la blague André Peyregne, directeur du conservatoire de musique de Nice (une exception, le pianiste concertiste Jean Dubé qui fut élève du conservatoire). Le quotient intellectuel (QI) est un indicateur (imparfait) du haut potentiel intellectuel. Environ 2,3% des enfants ont un QI supérieur ou égal à 130. Il existe plusieurs formes d’intelligence autres que l’intelligence intellectuelle. La théorie des intelligences multiples de Gardner a été évoquée, quoique ses fondements scientifiques demeurent discutables. Todd Lubart de l’Université Paris Descartes a fait un exposé sur l’intelligence créatrice, mesurée par un outil qu’il a développé avec des collègues: EPoC (évaluation du potentiel créatif).  Le QI n’est pas un bon prédicteur du potentiel créatif. Un brillant exposé de Maria Pereira Da Costa et Sylvie Tordjman sur la précocité comparée de Mozart et de Michael Jackson sur le plan artistique a été révélateur des caractéristiques de ces enfants précoces. Le terme précoce s’applique exclusivement aux enfants et implique que leur don s’est transformé en talent de façon accélérée.

Jean-Claude Terrassier et l’effet Pygmalion négatif
Pour avoir accompagné des centaines d’enfants à haut potentiel intellectuel en quarante ans de pratique professionnelle, Jean-Claude Terrassier a observé chez plusieurs l’effet Pygmalion négatif. Cela incite le jeune à se conformer à la norme en renonçant à exprimer sa véritable personnalité et tout son potentiel.

Françoys Gagné et le MDDT
Je ne connaissais pas ce professeur de psychologie de l’UQAM, retraité depuis 2001. Il a présenté le modèle qu’il a développé au long de sa carrière: le modèle différentiateur de la douance et du talent  (MDDT). On retrouve son modèle sur l’image. Il s’agit d’une théorie générale du développement des talents fondée sur une distinction entre deux concepts: des potentiels remarquables (les dons) et des réalisations remarquables (les talents). Le développement des talents est un processus qui consiste à transformer progressivement les dons en talents. Gagné prétend qu’il est l’auteur du néologisme douance, traduction de gifted and talented.

Au Québec (ici et maintenant)
À ma connaissance, il n’y a pas au Québec de démarches systématisées visant à identifier les élèves à haut potentiel intellectuel ou créatif dans le réseau public. On retrouve cependant des programmes d’enrichissement susceptibles de répondre à certains de leurs besoins. Mais rappelons-le: la moitié des enfants à haut potentiel sont considérés comme de mauvais élèves et 30% sont en situation d’échec scolaire. Douance ne rime pas nécessairement avec réussite scolaire. La commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a cependant adopté en 2011 une politique sur les élèves doués et talentueux, accompagnée d’un cadre de référence inspiré des travaux de Gagné. Il sera intéressant d’observer cette expérience. Le cadre de référence est un document particulièrement intéressant qui pourrait être consulté par celui ou celle qui voudrait en apprendre un peu plus sur cette question.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Monsieur,

j'ai également participé à ce symposium dont voici un brillant résumer.Un grand merci pour cette transmission/diffusion outre atlantique de la cause et la problématique de nos enfants!

Une maman d'HP

Jean Bernatchez a dit…

Merci madame!

Anonyme a dit…

J'ai aussi participé pour plusieurs raisons: Maman de 2 enfants dits à haut potentiel, enseignante en maternelle, étudiante en neuropsychologie (mon mémoire porte sur ces enfants-là) et enfin et surtout bénévole Anpeip!
Merci pour le relais de cette info, pour vos gentils commentaires... et je suis ravie de savoir que ces journées ont permis de faire découvrir ces enfants!
Et si vous voulez en savoir plus, vous savez où demander!

Anonyme a dit…

Bonjour Monsieur Bernatchez,
je regrette de ne vous avoir rencontré lors du symposium, car votre article nous le fait regretter encore davantage.
Merci pour ce premier compte rendu, il est important pour nous.
Je l'ai montré ce matin au Pr Françoys Gagné avant qu'il quitte Nice, il se mettra en rapport avec vous.
Cordialement,
Monique Binda
Comité d'organisation ANPEIP 40 ans.

Jean Bernatchez a dit…

Merci à vous pour ces commentaires! Je vais suivre de près l'expérience de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et la partager avec les personnes intéressées.

Anonyme a dit…

Bonjour M. Bernatchez,
Voilà un résumé qui donne envie de participer au prochain symposium de l'ANPEIP.

Et merci à vous d'aborder ce sujet difficile d'approche au Québec. Merci aussi de témoigner de votre changement de perception vis-à-vis cette population scolaire. Il y a beaucoup d'incompréhension et de méconnaissance envers les enfants précoces (je peux en témoigner). Une meilleure connaissance de la précocité intellectuelle entrainerait sans doute des parcours scolaires plus heureux pour beaucoup d'enfants.
Ainsi, par exemple, la « pensée en arborescence » est un défi à vivre par rapport aux autres, car elle peut donner des airs d'erratique à celui qui en est doté, alors qu'il n'en est rien.
Je pourrais parler longuement de précocité intellectuelle d'autant plus que ma fille, d'âge scolaire, me fait vivre aussi cette expérience en tant que parent.
Si jamais vous désirez aller plus loin dans cette direction et que vous cherchez des témoignages à Rimouski, il me fera plaisir d'apporter ma modeste collaboration.
Caroline Hébert

Jean Bernatchez a dit…

Merci madame Hébert!

chrodegang a dit…

Bonjour,

ce résumé donne envie d'avoir plus de détails! Une publication d'actes est-elle prévue?

Merci en tout cas!