mardi 6 décembre 2011

Gestion spontanée des résultats : mise en contexte

J’ai répondu à quelques questions de la journaliste Lisa-Marie Gervais du Devoir, et trois segments de cette entrevue d’une trentaine de minutes ont été cités dans son article du 3 décembre 2011 intitulé Rapport sur les performances scolaires - La gestion spontanée des résultats. Une citation en particulier a déçu et surpris certaines personnes que j’estime, aussi je tiens à faire une mise en contexte de mes propos.


Les enquêtes
Je suis sceptique face aux palmarès qui ont pour objets de mesurer la performance des élèves et celle des organisations scolaires, mais les grandes enquêtes (PISA, CMEC, OCDE) sont devenues incontournables, entre autres parce qu’elles sont médiatisées. Malgré certaines limites inhérentes aux méthodologies utilisées (les indicateurs ne sont pas neutres), leurs résultats peuvent servir de balises dans l’action, et cela est d’autant plus vrai lorsque les résultats vont dans le même sens. Il est possible d'argumenter sur le degré de convergence des résultats des enquêtes qui visent à évaluer les compétences des jeunes sur le plan de la lecture, mais on constate néanmoins une baisse des résultats des jeunes Québécois à ce chapitre. Peut-on établir un lien causal entre cette baisse et les pratiques pédagogiques actuelles?  Je laisse aux spécialistes le soin de répondre. Peut-on établir un lien causal entre cette baisse et les fondements de la réforme?  Il faudrait alors convenir de quelle réforme il est question.


L’incrémentalisme
Mon point de vue est celui d’un politologue de l’éducation (et non d’un didacticien du français). Force est de constater qu’aucun ministre de l’Éducation n’a porté avec conviction le projet de réforme de l’éducation alors que dans les écoles, on a dû y adhérer. Je ne suis pas un partisan de cette réforme, que je juge dogmatique sous certains aspects, mais je constate néanmoins que le paradigme de l’apprentissage qui en constitue un des fondements n’a pas remplacé le paradigme de l’enseignement. Les uns diront qu’il est bien qu’il en soit ainsi, les autres conviendront plutôt que le paradigme de l’apprentissage, centré sur l’apprenant, doit caractériser la pédagogie. Les nombreuses révisions de pratiques, souvent dictées par la pression populaire, ont fait en sorte que les modalités du Renouveau pédagogique sont de moins en moins adaptées aux objectifs de la réforme initiale. C’est ce qui s’appelle, en analyse des politiques, l’incrémentalisme, à savoir modifier à la marge les politiques lors de leur mise en œuvre, cela afin de tenir compte des intérêts des groupes en présence et des aléas de la conjoncture. Je crois qu’il est souhaitable qu’il en soit ainsi, notamment afin de corriger les erreurs de parcours. J’estime néanmoins que la ministre et ses fonctionnaires n’ont pas une vision claire, articulée et conséquente de ce que devrait être l’école québécoise. Eu égard aux ressources octroyées à l’éducation, le Conseil du Trésor occupe la place centrale et la gestion par résultats induit des pratiques qui ne contribuent pas aux objectifs à plus long terme de réussite scolaire de tous les élèves.


Les forces politiques
Sur le plan politique, affirmer que l’objectif principal d’un syndicat est de défendre les intérêts de ses membres ne m’apparaît pas être une hérésie. Je suis syndiqué et fier de l’être, et c’est ce que je m’attends d’emblée de mon syndicat. Je conviens aussi que ce n’est pas là un objectif exclusif et qu’un syndicat peut et doit faire œuvre utile sur le plan social. De plus, ses membres sont des gens de terrain, les mieux en mesure de repérer les problèmes qui se présentent. Pour le cas qui nous intéresse, l’analyste des politiques que je suis se surprend simplement que la position d’un syndicat soit si diamétralement opposée à la position de certains de ses membres regroupés volontairement en une association des professeurs de français qui oeuvrent à l'enseignement du français, quel que soit l'ordre d'enseignement. Cette association veut également contribuer au progrès de l'enseignement du français.


Dans le champ gauche
Les valeurs qui m’animent sont celles associées à la gauche politique. La défense et la promotion du bien commun inspirent mes travaux. Je n’habite pas une tour d’ivoire, je mène des recherches-action sur la gestion scolaire au service de la réussite de tous les élèves, et cela commande que je sois physiquement présent dans des écoles en milieux défavorisés. Je constate que les écoles, comme notre société, sont des lieux pluriels où coexistent différentes «visions du monde». Je crois en la nécessité de nous inspirer de résultats de recherche probants dans la définition des politiques et des programmes. Je crois aussi en la nécessité de réaffirmer le leadership du ministère de l’Éducation, surtout auprès du conseil des ministres, afin que tous et toutes, amis et acteurs de l’école, puissions contribuer, avec les ressources que cela commande, à ce qui devrait être la grande priorité du gouvernement québécois.

1 commentaire:

Réjean Parent - CSQ a dit…

Je vous remercie de ces précisions qui viennent nuancer de façon importante les propos rapportés dans l'article du Devoir. Je suis heureux de constater que vous avez une vision large et positive du rôle et de la mission des organisations syndicales. Comme vous, nous sommes préoccupés par la réussite des élèves et nous y travaillons chaque jour avec constance et détermination.

Je partage évidemment votre avis concernant la gestion par résultats et j'espère que nous serons nombreux à nous opposer à celle-ci.