mardi 3 janvier 2012

Notre école a-t-elle un coeur ?

Evelyne Martini, inspectrice d’académie, répond à cette question en se concentrant sur «des années d’observation et de méditation, mais aussi d’inquiétude, parfois même de colère» (p. 9). Selon elle, l’école abdique devant une tâche essentielle: «celle qui consiste à faire germer de la profondeur dans les êtres, à les aider à se construire un espace interne et singulier qui en fasse (…) des personnes plus justes et plus spirituelles» (p. 19). On devine au fil des pages sa posture chrétienne. Elle porte un jugement radical sur ce qu’elle croit être les symptômes d’une absence de sens: les nouvelles technologies et les nouveaux médias qui favorisent les loisirs du vide et l’obsession des apparences. «Comment les professeurs peuvent-il être vraiment pris au sérieux par les accros du tout technologique et du tout médiatique, du tout-objet-à-consommer, du tout-paraître, que sont devenus malgré eux bon nombre de nos élèves (…)?» (p. 24). Au-delà de ce diagnostic qui repose sur des fondements un peu simplistes, les solutions qu’elle propose ne sont pas toutes sans intérêt. Je ne partage pas sa rengaine de la nécessité culturelle d’une éducation au fait religieux, comme si cela pouvait être la solution à tous les maux. Pourquoi d’ailleurs ne pas élargir le corpus aux grands textes qui fondent notre monde social? Je ne partage pas non plus son point de vue sur la transdisciplinarité: «Je ne crois pas à l’excitation transdisciplinaire. Je crois qu’il fait redonner sa noblesse à l’art d’enseigner une discipline qui soit à elle seule un monde» (p. 79-80). La transdisciplinarité est plutôt une des clés de notre survie, dans un monde menacé. Cependant, j’adhère à cette volonté d’éduquer les jeunes à la résistance aux tendances du temps, de les éduquer aussi à la gratitude, d'éveiller chez eux le sentiment de ne pas être la mesure de tout. J’ose aussi poser la question de la transcendance en éducation, de ce qui nous dépasse et nous oblige, mais en m’inspirant de la visée éthique définie par le philosophe Paul Ricoeur: une vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes.

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