mercredi 29 février 2012

Évaluation : nouvelle fabrique de la servitude ?

J'ai achevé la lecture de ce livre, La folie Évaluation. Les nouvelles fabriques de la servitude, proposé par un collectif d'auteurs. L'ouvrage est très inégal, mais on retiendra les chapitres signés par Roland Gori, psychanalyste et professeur émérite de l'Université d'Aix-Marseille. L'auteur observe au sein de nos sociétés un renversement entre les moyens et les fins, entre la logique du marché et les aspirations du vivre-ensemble. En lien avec la question de l'évaluation, il s'inspire de Bourdieu pour fonder son jugement: "L'évaluation, telle qu'elle se pratique aujourd'hui, consacre cette révolution conservatrice qui, comme Pierre Bourdieu n'a cessé de le dire, se réclame de la raison, de la science, de la gestion, du pragmatisme pour justifier le démantèlement des services publics, le massacre de l'État social, la liquidation des acquis du welfare state, la destitution des métiers, de l'amour de l'artisan pour le travail bien fait... Le néo-libéralisme (...) tire sa légitimité de supposées normes de qualité et de production, de la loi du marché, c'est-à-dire de la loi du plus fort et du plus cynique, renvoyant aux lunes mortes des idéologies progressistes les efforts pour lutter contre la catastrophe culturelle d'un capitalisme sans frein et sans fard, mais rationalisé" (p. 41). Cette logique d'évaluation s'inscrit dans les normes contraignantes du Nouveau Management Public. Quelques arguments de ce livre me serviront pour l'analyse des politiques d'évaluation des programmes universitaires au Québec que j'ai soumise au colloque international de Liège (juin) portant sur le thème: Leurres de la qualité? Analyses pluridisciplinaires et études comparées des politiques qualité dans l'enseignement supérieur.

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