samedi 23 juin 2012

La réforme de l’éducation, toute une réussite!

Une commentaire de Jean-Bernard Carrier (jbcar6@gmail.com), enseignant au secondaire, transmis à Gestion et gouvernance scolaires.

En tant qu’enseignant au secondaire en histoire et éducation à la citoyenneté, j’aime penser que le mouvement étudiant est en quelque sorte l’aboutissement de la réforme de l’éducation. Ce mouvement est peut-être la preuve que les élèves issus du renouveau pédagogique sont fin prêts à exercer leur citoyenneté de façon responsable. Ironie du sort, c’est le Parti libéral dirigé par Jean Charest qui a mis en place le nouveau curriculum au secondaire qui incite les jeunes à exercer leur citoyenneté. Je suis retourné lire le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) et je partagerai ici quelques extraits qui peuvent nous laisser croire que la réforme, souvent remise en question, est en fin de compte toute une réussite!

En 2007, l’honorable Jean-Marc Fournier, alors ministre de l’éducation, présentait avec plaisir le nouveau programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté pour le deuxième cycle du secondaire. Étant donné le contenu de ce programme de formation, il est difficile d’imaginer que cinq ans plus tard, en tant que ministre de la justice, il allait entériner une loi qui remet en question les droits et libertés des citoyens québécois.

Cette année là, le Ministère de l’éducation était fier d’annoncer que le cours d’histoire du Québec de quatrième secondaire deviendrait, dans la lignée des autres cours de sciences humaines, un cours d’histoire et d’éducation à la citoyenneté. Les deux visées au cœur de ce programme étaient: amener les élèves à comprendre le présent à la lumière du passé; préparer les élèves à participer de façon responsable, en tant que citoyens, à la délibération, aux choix de société et au vivre-ensemble dans une société démocratique, pluraliste et ouverte sur un monde complexe. (PFEQ).

 Mon travail, comme celui de mes collègues, est donc de former les élèves dans cette optique. Pour ce faire, nous tentons de les amener à pouvoir: (1) s’interroger sur des réalités sociales* dans une perspective historique;  (2) interpréter les réalités sociales à l’aide de la méthode historique**; (3) consolider l’exercice de sa citoyenneté.

N’est-ce tout de même pas une coïncidence incroyable que, lors du passage au collégial des deux premières cohortes d’élèves issus du renouveau pédagogique, un mouvement étudiant sans précédent ait pris naissance. Les cégeps attendaient leur arrivée avec inquiétude. Ces élèves de la « réforme » seraient-ils des étudiants à la hauteur? On avait de la difficulté à comprendre qu’ils puissent être compétents, d’autant plus que la rumeur laissait croire qu’ils ne connaissaient pas «grand-chose». Mais, voilà que les jeunes prennent la rue afin de participer activement à la vie démocratique. Ils ont réussi à mettre de leur côté différents groupes de pression très actifs dans la société québécoise, mais aussi des citoyens ordinaires de tous les âges. L’inquiétude qu’avaient les cégeps envers les élèves du renouveau pédagogique s’est alors transformée car, effectivement, ces jeunes sont compétents. Et cela fait peur!

Cela fait peur au gouvernement qui a approuvé le renouveau pédagogique lors de son implantation au secondaire. Un gouvernement qui, voyant des gens savants et compétents prendre la rue, a de la difficulté à être à la hauteur. Un gouvernement qui se réfugie derrière une loi spéciale tout en fermant la porte aux négociations. Un gouvernement qui va même jusqu’à transférer sa peur à la population en disant que «carré rouge signifie violence». M. Charest et son cabinet se seraient-ils tirés dans le pied le jour où ils ont autorisé l’enseignement de l’éducation à la citoyenneté au sein du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ)

Voir des jeunes compétents exercer leur citoyenneté fait aussi peur à une partie de la population qui impose sa volonté depuis très longtemps aux Québécoises et aux Québécois. Ils ont déjà été jeunes. Ils ont déjà milité. Au fond d’eux ils savent et comprennent ce qu’est la jeunesse, mais certains ont oublié de se souvenir de qui ils étaient et de quels étaient leurs rêves. Peut-être le temps est-il venu de faire preuve d’ouverture dans ce conflit de générations et de partager une vision d’avenir pour le Québec qu’ils ont construit et qu’ils légueront à la jeunesse d’aujourd’hui… et de demain.

La mobilisation de jeunes adultes qui mettent en application ce qu’ils ont appris à l’école, au cégep ou à l’université, fait aussi peur à une génération qui n’a pas eu cette audace. Une génération qui a souffert de ne pas trouver sa place sur le marché du travail et dans la société québécoise. Une génération qui refoule une colère et qui s’exprime, parfois, en criant : «Liberté!». Parce qu’eux, ils ont choisi d’attendre en silence. Une génération X! X comme une génération quelconque parmi tant d’autres, pour qui la liberté signifie: «Ne gâchez pas ma vie en tapant sur des casseroles! Ça ne sert à rien... Fermez-là et payez! Attendez… Ça peut être long, mais un jour ce sera à votre tour!»

En voyant les jeunes dans la rue, j’ai compris leur démarche. Ils se sont questionnés sur les fondements de l’éducation postsecondaire au Québec. Ils sont retournés voir quels sont les héritages de la société québécoise et du monde de l’éducation légués par la Révolution tranquille, le rapport Parent et les États généraux sur l’éducation. Ils ont interprété une réalité sociale  (hausse des frais de scolarité, mauvaise gestion des fonds publics, mauvaise gestion de crise, loi 78). Puis, convaincus, ils ont commencé à porter le carré rouge, à manifester jour et nuit. Ils ont réussi à rallier plusieurs citoyens à leur cause. Ils consolident l’exercice de leur citoyenneté et en ce sens, je ne peux m’empêcher de croire que la réforme de l’éducation est toute une réussite

En tant qu’enseignant, je sens par ailleurs le devoir de m’adresser à mes anciens élèves. Il est triste de voir que certains sont rendus à se déshabiller et à crier des slogans exagérés pour se faire voir et se faire entendre. Toutefois, même si vous croyez que rien ne bouge, faites attention de ne pas vous mettre les autres citoyens à dos. Ils seront sans doute invités à trancher la question aux prochaines élections. Invitez les plutôt dans des événements festifs et familiaux. Faites en sorte qu’ils aient le goût de se joindre à vous plutôt que de s’éloigner du mouvement en ne retenant que les manifestations vulgaires et violentes. Exprimez-vous librement en tant que citoyens et ne laissez pas la population croire que vous êtes des casseurs. Ce n’est pas une lutte contre les corps policiers que vous menez! Ne perdez pas de vue l’objectif de votre bataille.

Vous avez bien appris vos leçons! Maintenant, exercez votre citoyenneté en étant conscients qu’elle permet d’avoir une incidence sur le cours de l’histoire. Assumez vos responsabilité de citoyens « capables d’une participation sociale ouverte et éclairée au sein de l’espace public, conformément aux principes et aux valeurs démocratiques. »  (PFEQ)

* Selon le PFEQ, «l’expression  «réalité sociale» se rapporte à l’action humaine dans des sociétés d’hier ou d’aujourd’hui. Les réalités intègrent tous les aspects de la vie collective, soit les aspects culturels, économique, politique ou territorial ainsi que l’aspect social proprement dit.»
**La méthode historique est une démarche scientifique menant à la récolte, l’observation, la classification et l’analyse de données ainsi que la confrontation de points de vue afin d’arriver à l’interprétation la plus juste possible.)

1 commentaire:

Jean-Bernard Carrier a dit…

Erwan Desplanques, journalistes français a publié un article dans Télérama et fait un lien avec ce que je disais dans ce commentaire... Voici le lien: http://www.telerama.fr/idees/au-quebec-les-enfants-du-renouveau-sont-ils-vraiment-pire-que-les-autres,86348.php