mercredi 6 mars 2013

Je suis directeur d'école : où est ma place ?

"Selon Edgar Morin, la complexité coïncide avec l'incertitude, une incertitude que l'accélération du temps renforce. J'arrive à un âge auquel l'impression de voir filer les heures donne le tournis, et notre civilisation dont l'âge est également avancé voit son temps social s'accélérer aussi vite que mon temps individuel. Nous vivons dans une ère d’innovation et de réforme permanente, de nouveauté continue, dont les attentes et les nouveaux outils (téléphonie mobile, informatique,... ) renforcent l’incertitude; nous sommes dans l'urgence, sans pouvoir réfléchir aux conséquences de nos actions. Les démonstrations et les nuances n'existent plus." Suite du billet d'un directeur d'école.

4 commentaires:

Jean Bernatchez a dit…

J'ai évoqué cette thèse dans un article de 2008: https://sites.google.com/site/jeanbernatchez2/formation

Carole Hamelin a dit…

Cet article me trouble et me questionne sérieusement… Comme « jeune » direction qui plonge avec enthousiasme et naïveté dans cette profession, on ne peut qu’être « secouée » et réfléchir aux propos durs et amers, me semble-t-il, de ce directeur d’école d’expérience. L’amertume et un certain désenchantement teintent les propos de l’auteur; pourtant, je partage certains points de vue qu’il aborde.
Ainsi, lorsqu’il débute son commentaire en évoquant la rapidité, l’urgence -souvent- dans laquelle nous baignons, je ne peux qu’acquiescer et me retrouver. Recul et réflexion sont souvent un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Dieu sait pourtant à quel point ils sont nécessaires! Pour une personne « analytique » comme moi, il me faut parfois me faire violence! Comme lui, je souhaite que l’on rende davantage le temps de l’école, le temps de l’élève; l’un comme l’autre pourront ainsi profiter de leur capacité réflexive, capacité que l’on délaisse dans l’urgence et les décrets.
Le second élément qu’il touche et qui correspond à mes propres convictions est la solitude de la direction. Devant les pressions et les exigences du MELS, de la commission scolaire, de l’ équipe d’enseignants, du syndicat, des parents et des élèves, la direction est solitaire; elle est au service de tous, mais, étonnamment, seule au cœur de tous ces intervenants et partenaires. En situation problématique ou lors d’un conflit, cette solitude se ressent de façon aiguë. D’où l’importance d’être réseauté, ce que l’auteur n’aborde pas. J’abonde aussi dans son sens quand il parle de direction d’école non reconnue. À cet égard, il y a encore du travail à faire!
Là où les propos de l’auteur me questionnent le plus, c’est lorsqu’il dénonce le peu d’autonomie et de pouvoir dont jouissent les directions d’école. À l’en croire, la direction ne peut que proposer… Mais proposer, n’est-ce pas un premier pas vers persuader? Proposer, quand on s’appuie sur des leviers solides, des explications claires, des études, des données validées, n’est-ce pas s’éloigner du doute et atteindre l’intelligence pour faire des choix et poser des actions qui rallient l’ensemble des intervenants? L’autonomie d’une direction, évidemment, s’inscrit dans certaines limites, celle de la L.I.P., celle des programmes d’étude, pour ne nommer que celles-là, mais elle existe et prend toute sa force en contexte de collaboration avec l’ensemble des intervenants et des partenaires de l’école. Voilà le défi qui guette la direction d’école et qui, en ce qui me concerne, me donne le goût de poursuivre dans cette carrière.
Comme l’auteur, je suis convaincue que la « stature » (plutôt que le statut) d’une direction d’école est profondément liée à la réussite des élèves. La tâche n’est pas facile, j’en conviens, mais elle est excitante! Chaque direction a sa place et donne sa couleur à l’école, en collaboration avec l’ensemble des gens de la communauté, proche et élargie.

Le confort intellectuel a dit…

J'avais lu le texte de M. Bernatchez, et en le relisant suite à son lien ci-dessus je réalise qu'il a dû me marquer plus que je pouvais l'imaginer, car je retrouve dans mon propre écrit certains de ses mots! Certes sous une autre forme, mais tout de même... Je dois donc rendre à César ce qui appartient à César.
D'autre part, je dois préciser que je suis un directeur d'école français, et nos conditions de travail sont aujourd'hui infernales. Vous pourrez trouver de quoi étayer votre réflexion quant à notre position sur mon propre blog (http://leconfortintellectuel.blogspot.fr/) d'où est extrait le texte proposé, ou sur ceux du GDiD (http://www.facebook.com/legdid).

Annie Allard a dit…

Cet article me fait frissonner, mais surtout il me fait réfléchir sur mon aspiration à devenir un jour directrice d’école. Lorsque j’entends de tels propos, je ne peux que remettre en question mon intérêt pour cette fonction.

Les directions d’école portent de grandes charges sur leurs épaules. On se sert de l’école pour tout : pour les activités communautaires, les programmes de sensibilisation, la loi sur l’intimidation, le partenariat… Et qui gère tout cela? C’est vrai, c'est la direction. En plus de tous ces à-côtés, il y a les parents qui veulent de l’enseignement à la carte pour leurs enfants. Et les enseignants qui sont presque toujours insatisfaits du temps qu’ils ont pour effectuer l’ensemble de leur tâche. Ouf! Pauvre direction, où sont les avantages? On pourrait penser qu'une direction à un salaire en fonction de tout ça… même pas! Mais, pourquoi donc, voudrais-je occuper une telle fonction?

Après toute cette réflexion, la seule réponse est qu’il faut aimer les défis, car cette fonction-là en est tout un! Lorsqu’on aime l’éducation et que l’on veut faire avancer les choses, ouvrir des portes, tracer la voie, affronter des tempêtes et s’en sortir vivant, alors il faut foncer et continuer d’aspirer à cette fonction si complexe, mais sûrement, si passionnante et enrichissante sur le plan personnel.

Je ne peux que dire merci à cet auteur de m’avoir fait réfléchir dans ces propos honnêtes. Je pense qu’il est bien à sa place puisqu’il a l’intégrité de dire les vraies choses et d’amener les gens à réfléchir sur leur pratique ou leur choix, n’est-il pas là un grand rôle pour une direction d’école.