lundi 22 avril 2013

L’éducation à l’ère des «produits cognitifs»

"On assiste, depuis ces dernières années, à une véritable levée de boucliers contre ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « marchandisation du savoir ». On ne compte plus les publications dénonçant cette capture capitaliste des institutions d’enseignement transformées en agences de recherche et de développement publiques au service des entreprises privées, qu’elles sont chargées d’alimenter en « capital humain » afin de répondre aux besoins et aux pressions du marché. Fruit de dix ans de travaux et de réflexions collectifs conduits dans le cadre de séminaires et de recherches ayant déjà donné lieu à plusieurs publications connexes dont il dresse une manière de bilan (Le nouvel ordre éducatif mondial, 2002 ; L’école n’est pas une entreprise. Le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, 2003), ce «petit livre de combat» s’inscrit dans le sillage de la sociologie critique des années 1970, dont il revendique l’héritage marxiste en l’actualisant et en l’adaptant au contexte socio-économique contemporain. Le titre lui-même renvoie à L’école capitaliste en France (1971) de Christian Baudelot et Roger Establet qui y analysaient, dans le sillage du livre phare de Bourdieu et J.-C. Passeron (La reproduction. Éléments pour une théorie du système d’enseignement, 1970), les mécanismes suivant lesquels une institution à vocation universelle censée former les subjectivités à l’exercice de l’esprit critique s’avérait souvent, en pratique, un outil de reproduction sociale au service des classes et des milieux favorisés. Cependant, l’école, par une sorte de «ruse de la raison scolaire», réussissait tout de même à préserver son autonomie à l’égard des lois du marché et de l’économie. C’est cette autonomie qui est aujourd’hui sérieusement menacée par l’impérialisme néolibéral qui ne fait plus pression sur l’institution de l’extérieur, mais la phagocyte pour désormais la déterminer de l’intérieur, au niveau même de ses structures organisationnelles et de l’orientation donnée à ses programmes." Suite de l'article de Guillaume Asselin publié dans Le Devoir. Source de la photo de Pierre Bourdieu.

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