mercredi 11 septembre 2013

Milieu scolaire : de l'espionnage numérique contre l'intimidation

"Joli paradoxe. Dans une Amérique qui depuis plusieurs mois dénonce, dans la foulée des révélations-chocs de l'ex-analyste de la NSA Edward Snowden, les intrusions numériques institutionnalisées dans les vies privées, une commission scolaire du sud de la Californie vient finalement de prendre le bon chemin pour attirer les regards: elle a décidé de généraliser un programme de surveillance des communications électroniques de l'ensemble de ses élèves, et ce, prétend-elle, pour prévenir l'intimidation, mais également la dépression et les gestes suicidaires. Espionner pour combattre les mauvais comportements. L'idée pourrait bien faire école, mais pour le moment, c'est surtout dans les établissements de la commission scolaire Glendale Unified qu'elle s'incarne. Au terme d'un projet pilote mené l'an dernier dans trois écoles, l'organisme a indiqué il y a quelques jours que son programme de surveillance et d'analyse des messages électroniques échangés par ses élèves va être étendu à l'ensemble de sa clientèle et écoles." Suite de la chronique de Fabien Deglise du Devoir.

2 commentaires:

Margueryth a dit…

Le programme d’espionnage de la Commission scolaire Glendale Unified est une aberration. Dans un premier temps, cette mesure va à l’encontre du premier amendement, qui protège la liberté d’expression, et du quatrième amendement, qui s’oppose à la violation des droits des citoyens. Effectivement, l’espionnage numérique saisit des informations personnelles et il oblige une censure dans les propos des étudiants. En effet, les étudiants se limiteront dans leurs propos afin de ne pas alerter la compagnie responsable de la filtration des informations. Cette autocensure imposera une tension supplémentaire sur les étudiants. Les droits des 13 000 étudiants espionnés quotidiennement sont donc brimés. (Source : www.businessinsider.com) Ensuite, considérant que l’espionnage s’applique également aux propos tenus en dehors de l’école, la commission scolaire dépasse sa juridiction. Cette prise en charge des communications électroniques déresponsabilise les parents qui n’entreverront plus l’utilité de surveiller les activités électroniques de leurs enfants ni de les éduquer sur ce qui est admissible. L’article paru dans La Presse intitulé Intimidation : une directrice d’école rappelle aux parents leur responsabilité stipule que les parents doivent accepter leur responsabilité vis-à-vis l’utilisation des médias sociaux par leurs enfants, puisque les actions des directions d’école sont limitées. De plus, la firme de surveillance ainsi que les écoles seront ciblées si un évènement tragique survient, alors que ce programme ne peut pas repérer et éliminer tous les comportements dérangeants. Finalement, il serait préférable que la commission scolaire réinvestisse l’argent de ce programme dans des activités de prévention et dans l’augmentation du nombre de personnes ressources. Détecter un comportement n’empêchera pas celui-ci de se perpétuer; il faut prendre des mesures concrètes pour sensibiliser les étudiants.

Beyoncé! a dit…

À mon avis, cet effort de la commission scolaire Glendale Unified pour assurer la sécurité de ses étudiants est novateur, mais il démontre encore une fois une incompréhension des bases profondes de l’intimidation. J’ai toujours été convaincue que ce fléau, qui est initié par des jeunes, contre d'autres jeunes, ne sera enrayé que lorsque ces derniers le décideront et non par l’utilisation d’une autorité abusive du cadre scolaire, comme c’est le cas dans cet article. Je m'explique : plusieurs aspects du phénomène social qu’est l’intimidation sont négligés lorsque le sujet fait les manchettes. En effet, chaque fois qu’un suicide d’adolescent intimidé est rapporté, les médias s’empressent de dénoncer le comportement fautif des bourreaux, sans tenir compte de la pression des pairs qui règne dans les écoles. En ce sens, si le fait de rabaisser un autre jeune n’était pas une attitude socialement acceptable, il est certain que cette pratique serait presque éliminée d’elle-même. Les jeunes intimidateurs ont des amis derrière eux, qui rigolent à leurs insultes et approuvent le mépris qu’ils propagent. En somme, c’est la mentalité des jeunes qui doit évoluer et je doute que ce changement soit enclenché par un régime de la peur, où les jeunes seront espionnés jusque dans leur intimité virtuelle. De plus, je crois que cette initiative pourrait s’avérer être une arme à deux tranchants puisqu’elle pourrait avoir une incidence sur la confiance que les jeunes accordent à leur école, qui se met dans une position risquée de «police» au lieu d’alliée.