lundi 13 janvier 2014

PISA : se réjouir des résultats du Québec, puis s’investir pour la suite

Les résultats de la cinquième enquête du PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) sont connus depuis le 3 décembre 2013. Ce programme de l’OCDE, reconduit tous les trois ans depuis 2000, compare les performances des systèmes d’éducation de 65 pays en évaluant les compétences des élèves en fin de scolarité obligatoire, à 15 ans. L’enquête met l’accent sur leur aptitude à appliquer aux situations de la vie quotidienne les compétences développées à l'école. Les tests administrés à 470 000 jeunes portent sur trois domaines: lecture, mathématiques et sciences. Cette fois encore, le Québec affiche de très bons résultats, en mathématiques particulièrement. Il importe de les interpréter à la lumière de ce qu’est le PISA. Il faut se réjouir de ces résultats, mais surtout s’investir pour la suite. 

Une enquête orientée en fonction de certaines valeurs 
L’UNESCO a déjà eu le monopole des statistiques internationales sur l’éducation. Cette institution qui regroupe 204 pays vise l’édification de la paix, l’élimination de la pauvreté et le développement durable. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont la mission est de promouvoir les politiques contribuant au développement de ses États membres, est le club des 34 pays les plus riches. Plus que l’UNESCO, l’OCDE investit des ressources considérables dans les initiatives de comparaison internationale, aussi elle dispose d’une expertise certaine à ce chapitre. Le PISA est un programme de l’OCDE. Sa force est d’être soumis à la critique, ce qui permet de fonder sa légitimité sur des critères scientifiques, croient Felouzis et Charmillot, auteurs du Que sais-je? sur le sujet (PUF, 2012). Un indicateur statistique n’est pas neutre. Il est lié à une finalité. La mission des deux organisations traduit leurs finalités respectives. Avec l’OCDE, la mesure de la performance des systèmes d’éducation devient plus pertinente que celle de l’accès aux systèmes, proposée par l’UNESCO. L’OCDE s’approprie ainsi la fonction stratégique de la production des statistiques sur l’éducation, ce qui lui permet d’orienter les politiques nationales d’éducation en fonction de ses objectifs: la libéralisation de l’économie, l’essor de la compétitivité de ses États membres sur le marché mondial et le développement du capital humain. Le capital humain (compétences, expériences et savoirs) s’acquiert par l’éducation, se développe grâce à la formation tout au long de la vie et produit un bénéfice mesuré par l’augmentation de la productivité. L’éducation est ainsi associée à un investissement dans le développement du capital humain (mais elle est beaucoup plus que cela!). Le PISA fournit de bonnes données, si on admet ces postulats. Cette cinquième enquête propose d’ailleurs une évaluation de la compétence financière des élèves (le Canada n’y a pas participé); parions que l’UNESCO aurait évalué la compétence liée au « savoir vivre ensemble ». 

Les résultats du Québec 
Le Québec obtient toujours de très bons résultats aux enquêtes du PISA, quoiqu’il perde quelques rangs au fil des ans. Cela s’explique, du moins en partie, par le fait qu’il y a de plus en plus de pays qui participent à l’enquête, notamment des pays asiatiques réputés être performants sur le plan scolaire. Mais voulons-nous collectivement imposer à nos enfants le modèle scolaire asiatique, contraignant et autoritaire? Sûrement pas. Si on adhère par contre à l’idée que l’éducation contribue à la prospérité des pays, c’est autour de l’espace asiatique que se jouera le destin du monde dans quelques années. Les élèves québécois sont champions en mathématiques en Occident, devancés par ceux de cinq pays asiatiques. Les garçons ont de meilleurs résultats que les filles dans cette discipline et au Québec, les élèves francophones réussissent un peu mieux que leurs collègues anglophones. En lecture, le Québec perd des rangs, mais demeure dans le peloton des dix premiers. Les filles y ont de meilleurs résultats que les garçons. En sciences, il n’y a pas de différences significatives selon de genre, mais le Québec perd plusieurs rangs depuis 2000. Il est toutefois toujours considéré dans le groupe des pays performants. 

S’investir pour la suite 
Quels sont les avenues à privilégier pour offrir à nos jeunes une éducation de grande qualité? Felouzis et Charmillot mettent en évidence les leçons à tirer des enquêtes du PISA. (1) L’efficacité scolaire est liée à l’équité et à l’égalité : plus un système est performant, moins il laisse de côté ses élèves en difficulté. (2) Plus le milieu socioéconomique des élèves est élevé, plus leurs compétences sont élevées (il faut donc combattre la pauvreté et rendre la culture plus accessible aux personnes économiquement défavorisées). (3) Les systèmes d’éducation intégrés (les élèves de 15 ans suivent le même programme) sont plus efficaces que les systèmes segmentés (les élèves de 15 ans suivent des programmes différents selon leur choix ou leur degré de compétence). (4) L’autonomie des écoles est plus favorable à l’efficacité si elle porte sur les aspects pédagogiques, mais les changements de structure ne produisent pas d’effet par eux-mêmes sur l’efficacité. Si le Québec marque des points du côté de l’équité, l’autonomie des écoles sur le plan pédagogique est loin d’être atteinte. Le comité d’experts nommé par le MELS pour suggérer de nouvelles modalités de gestion scolaire devrait s’intéresser à cette question. Quel est l’impact des programmes d’enrichissement sur la réussite et la persévérance scolaires? Ces programmes se multiplient, marginalisant de plus en plus l’élève «ordinaire». Notre système scolaire est efficace, soit, mais il faut que les jeunes le fréquentent: le décrochage scolaire est un fléau qui hypothèque notre avenir collectif. Finalement, nous devrions mieux reconnaître la contribution exceptionnelle de nos enseignantes et enseignants. Si nos élèves sont bons, on le doit d’abord aux artisans de la base. Une plus grande reconnaissance à leur endroit, plus de ressources humaines et matérielles pour les soutenir et un salaire adapté à leurs responsabilités représentent le meilleur investissement que le Québec puisse faire pour son avenir. - Jean Bernatchez

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