lundi 3 février 2014

Le décrochage des enseignants

"Le Devoir revenait samedi sur un thème récurrent: l’abandon de nombreux jeunes enseignantes et enseignants dans les cinq ans suivant leur entrée en carrière. Ces départs hâtifs sont attribués aux conditions d’exercice de la profession: précarité d’emploi, changement fréquent d’écoles, exigences difficiles du métier, etc.. Je ne remets pas ces données en question. Peut-être faut-il cependant les relativiser. La statistique sur le décrochage des jeunes enseignants est impressionnante et tout à fait désolante. Mais pour pouvoir l’interpréter correctement, il faudrait pouvoir la comparer avec celle observée dans d’autres professions. D’ailleurs, le téléjournal de dimanche à Radio-Canada nous apprenait que les ambulanciers quittent aussi en grand nombre après sept ans, surtout chez les temps partiels. Observons au surplus que les statistiques sur le décrochage professionnel servent souvent à appuyer de revendications syndicales, par ailleurs tout à fait légitimes." Suite du billet de Jean-Pierre Proulx.

1 commentaire:

Marie a dit…

Je suis entièrement d'accord avec M. Proulx: le décrochage professionnel des jeunes enseignants n'est peut-être pas bien différent, statistiquement parlant, que ce qui est observable dans d'autres secteurs. Ce qui est particulier au monde de l'enseignement primaire et secondaire, par contre, ce sont les barrières à l'entrée de la profession, les conséquences du décrochage professionnel et les répercussions sur le système d'éducation qui font que la problématique appartient à une classe complètement à part.

L'obtention obligatoire d'un bac très précis, de 4 ans, aux stages réputés non rémunérés, pour un emploi difficile et pas reconnu pour être bien payé, est un investissement individuel important. L'abolition du certificat universitaire permettant en un an à un bachelier d'une discipline pertinente de devenir enseignant limite aussi l'entrée des adultes dans la profession, tel qu'on le voit ailleurs en Amérique du Nord. Le recrutement des jeunes enseignants, en formation initiale ou en réorientation de carrière à l'âge adulte, est d'autant plus délicat qu'il repose sur des choix individuels particulièrement exigeants. Comme la valeur du système d'éducation repose sur la somme de ces choix individuels, la question du recrutement et de la rétention des enseignants est d'emblée une question sociale importante.

Qui plus est, la formation des maîtres exigée au primaire et au secondaire est tellement pointue qu'elle ne prépare pas les finissants à quelque autre profession alternative. Un enseignant de sciences et de technologie, passionné de sciences par ailleurs, après un bac de 4 ans, décidant de ne pas enseigner, n'est ni technicien, ni scientifique. Même chose pour l'enseignant d'histoire, ou celui de français. Leurs décrochages professionnels sont lourds de conséquences, individuelles et sociales, beaucoup plus que dans d'autres milieux avec des formations plus vastes, des alternatives professionnelles plus variées ou des formations plus courtes.

Des conséquences possiblement lourdes à porter pour un investissement individuel exigeant : c'est en effet le message qui est véhiculé pour la profession enseignante.

Comment, dans ces conditions, attirer les meilleurs candidats à mettre devant nos groupes d'enfants dans le système d'instruction publique et obligatoire?

Par cette lecture sociologique de la situation, je vous propose de voir que le discours sur le décrochage professionnel des enseignants du primaire et du secondaire est bien différent, plus grave, que dans beaucoup d'autres secteurs d'activités.

Marie Aboumrad, conseillère pédagogique, Cégep Édoaurd-Montpetit